Témoignages : pourquoi ils se sont choisis

Tous les amoureux aiment attribuer leur rencontre à un hasard fou, signe du destin ou de la main de Dieu. Pourtant, l'attirance a ses raisons… que la raison ignore. Trois femmes nous ont raconté leur histoire. Au début, chacune ignorait les véritables motifs de son choix. Avec le temps, ils sont peu à peu devenus évidents. Si Michèle a, au début, dangereusement idéalisé son partenaire, c'est pour mieux s'apercevoir que l'homme réel qui se cachait derrière son " prince d'Orient " lui correspondait parfaitement. Si Noémie a épousé un homme de couleur, c'est pour s'acquitter d'une dette familiale : son grand-père était colon en Afrique… Si Laurence, grande romantique, a su, malgré les coups durs, cimenter son couple au fil des années, c'est grâce à la poésie de sa rencontre avec Philippe.

Michèle, 38 ans : “Je suis tombée amoureuse d'un fantasme, j'ai découvert un être humain généreux, courageux…”

" Les raisons qui me font aimer mon mari aujourd'hui n'ont vraiment plus rien à voir avec celles qui m'avaient attirée vers lui ! Au début, je suis tombée amoureuse d'un rêve. J'ai rencontré Melih sur la plage, en Turquie. Il était, pour moi, l'incarnation du beau prince oriental : regard sombre, boucles noires, dents très blanches, allure aristocratique. J'ai fondu dès que je l'ai vu. Le soir de notre rencontre, nous avons fait l'amour dans la mer. C'était ma dernière semaine de vacances, je l'ai passée tout entière dans ses bras. Nous nous parlions en anglais et cela ajoutait au mystère. J'aimais sa manière de se taire, son extrême sensibilité. Entre nous, les mots étaient superflus… Pourtant, nous avons échangé nos adresses sans grande conviction, chacun s'imaginant n'être pour l'autre qu'une amourette de vacances. Mais à l'aéroport, cri de joie : je découvre que j'ai manqué mon vol. Je me suis trompée de jour. Miracle ! Ou plutôt superbe acte manqué que j'interprète comme un signe. Illico, je cours vers mon beau Turc qui, fou de joie de me voir revenir, m'annonce qu'il prendra le prochain avion pour Paris avec moi…

Je me souviens avoir tourné la clé de mon appartement avec un étrange mélange de jubilation et d'effroi. Qu'allait devenir mon prince d'Orient sous la pluie de Paris ? C'était un faux problème : pendant trois mois, nous n'avons pas quitté le lit… C'est beaucoup plus tard que ça s'est gâté. Quand nous nous sommes mariés… Le quotidien. Il cherchait du travail, moi, j'avais repris le mien et, soudain un matin, je me suis réveillée aux côtés de quelqu'un que je ne reconnaissais plus. Débronzé, décalé, déraciné… Où était passé mon “latin lover” ? Ma grand-mère disait toujours que certains produits locaux – fromage corse ou fiancé autochtone – s'exportent mal. En effet. Sa peau avait pris une teinte olivâtre, ses yeux étaient moins noirs ! Et lorsqu'il a commencé à parler le français, j'ai senti mon rêve s'écrouler. En anglais, tout ce qu'il disait était magique ; en français, cela me semblait des banalités. J'étouffais. Je l'ai supplié de partir. Il n'a posé aucune question ; il a simplement demandé un peu de temps pour s'organiser.

C'est dans cette période de transition – où nous faisions chambre à part – que j'ai découvert qui était Melih : un type d'une grande finesse, généreux, optimiste, courageux, tolérant. Des qualités que j'ignorais, qui font pourtant que notre couple dure ! Ma grand-mère disait aussi que le mariage est une loterie : on épouse un homme, on en découvre un autre. C'est ce qui m'est arrivé. J'ai aimé un fantasme et quand le fantasme est tombé, j'ai découvert un être humain, qui s'est avéré être un type bien. J'ai eu de la chance. J'aurais aussi bien pu fantasmer sur un tocard… De la chance ou du flair ? C'est sans doute mon inconscient qui a su détecter – sans même me consulter – celui qu'il me fallait ! "

Noémie, 30 ans : “Choisir un homme de couleur, c'était m'affirmer contre mon grand-père, colon en Afrique”

" C'était dans un cours de musique. Je chantais, lui passait dans le couloir. Lorsqu'il a entendu ma voix, il s'est arrêté net et est entré. Je ne pouvais pas le voir car je tournais le dos à la porte. Mais j'ai senti d'emblée un appel magnétique. Comme si je ressentais physiquement son âme. Un mois après, nous vivions ensemble. Très vite, nous nous sommes mariés… Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris pourquoi j'avais choisi un homme de couleur : mon grand-père, que j'adorais, avait été colon en Afrique. En aimant Maloud, je réparais une dette, et pas seulement symbolique : sans papiers, Maloud ne pouvait pas travailler ; je l'ai donc pris en charge financièrement… C'était aussi une manière de m'affirmer contre l'autorité de mon grand-père. Tout le monde le disait généreux et dénué de préjugés envers ses employés. En fait, il était raciste, mais ne s'en rendait pas compte. Pour lui, un Noir, c'était un “boy”, et il n'a jamais accepté que sa petite-fille épouse un boy. Sa réaction m'a profondément blessée. Nous ne nous sommes pas vus pendant cinq ans. Mon histoire avec Maloud s'est arrêtée lorsque j'ai compris que, malgré tout notre amour, certaines différences culturelles étaient irréductibles. Surtout, je savais que mon sentiment de culpabilité à son égard ne disparaîtrait jamais. Parfois, lors de nos discussions, il s'emportait en disant : “Vous les Blancs…” La dette dont je voulais m'acquitter était impossible à combler car c'était celle de tout un peuple ! "

Laurence, 40 ans : “La conviction que notre histoire était unique a sauvé notre couple”

" Nous nous sommes rencontrés dans le métro, à la station Maison-Blanche. C'était déjà un signe : Philippe est né à Casablanca ! Il lisait un scénario. J'ai regardé par-dessus son épaule, il s'est retourné et m'a dit : “Ça vous intéresse ?” Ce fut le coup de foudre. Le vrai. On n'a même pas échangé nos téléphones, c'était trop magique. Après ça, je pensais à lui sans arrêt. On ne s'était presque rien dit, je savais seulement qu'il était musicien. Je revoyais ses grands yeux bleus lumineux… C'était l'homme de mes rêves. J'avais 21 ans. Je suivais des études de philosophie, j'étais très romantique, toute de noir vêtue… Trois mois plus tard, le hasard a voulu qu'on se rencontre à nouveau, avenue d'Italie. Hypnotisés, on arrivait à peine à parler.

De nouveau, on s'est séparé sans se donner les moyens de se retrouver. J'avais prévenu mon vague petit ami de l'époque : “Si je rencontre une troisième fois l'ange musicien, je te quitte.” Trois fois, c'est le destin, non ? Et ça n'a pas manqué. Nous nous sommes de nouveau croisés dans le même quartier… Cette rencontre, nous l'avons tous deux vécue comme un mythe et cela a beaucoup influencé la poursuite de notre relation. Chaque fois que nous nous disputions, que l'un de nous avait envie de claquer la porte, la conviction que notre amour était unique nous retenait… Après la naissance de notre premier enfant, nous avons vécu une crise. Je ne supportais plus de faire l'amour avec Philippe. Lui, au lieu d'essayer de comprendre pourquoi, se montrait de plus en plus distant. Et il m'a trompée ! Si je n'avais pas été persuadée que Philippe était l'homme de ma vie, et que je n'avais pas d'autre choix que lui, j'aurais rompu immédiatement. Finalement, croire au destin m'a permis de pardonner, et de reconstruire notre couple. "

Jung : Heureuses coïncidences

" C'était il y a dix ans. Je lisais un roman dans lequel le héros achetait un appartement rue Masselot, raconte François. Ouvrant mon journal, je suis tombé sur une petite annonce pour la vente d'un appartement rue Masselot ! Amusé, je suis allé le visiter, alors que je n'avais nul besoin de déménager. " Sur place, il rencontre Rachel : " J'avais rendez-vous dans l'immeuble d'à-côté, dit-elle. Mais je m'étais trompée de numéro. Voyant un trois-pièces à vendre, je suis montée, juste pour voir. François venait d'arriver. " Coup de foudre. Hasard ? Le jeune couple, lui, croit au destin…

Selon Jung, ces coïncidences sont des " synchronicités " : des événements qui n'ont aucune relation de cause à effet, mais qui se produisent en même temps et sont liés par le sens. Ils seraient très fréquents. Aux Etats-Unis, de plus en plus de psys les étudient, en préférant le terme de " sérendipité " : un hasard heureux qui se produit au bon moment, c'est-à-dire lorsque notre esprit est assez ouvert pour pouvoir l'accueillir.