Comment raviver la flamme

Dans son très joli roman La vie est brève et le désir sans fin (POL, 2010), Patrick Lapeyre écrit : « En remontant l'escalier, il entend sa femme chantonner dans le salon un air de Nancy Sinatra et s'arrête pile pour l'écouter. Il ne savait pas qu'elle aimait Nancy Sinatra. “You shot me down, bang, bang, I hit the ground, bang, bang”, fredonne-t-elle avec une voix qu'il ne lui a jamais connue, une voix de jeune fille, qui lui donne le frisson, comme s'il avait la révélation de sa beauté avec des années de retard. On dirait que le processus de désagrégation de leur couple a été stoppé comme par magie. » Après un certain nombre d'années de vie commune et tous les bonheurs et toutes les vicissitudes qui vont avec – vous savez : les enfants, le travail, les familles, l'argent… –, nous ne sommes plus amoureux de l'autre. Nous l'aimons. D'un amour profond, durable et serein. Comme un sublime pot-au-feu qui mijoterait sur un coin de la cuisinière. À feu doux. Pas glamour, la métaphore du pot-au-feu ?

Ceux qui ont déjà franchi quelques années de vie commune savent pourtant que le quotidien est comme un pot-au-feu : a priori, rien de plus simple à réaliser. Et pourtant, combien de mauvais pot-au-feu à la viande trop sèche, au bouillon trop gras, aux légumes trop cuits… Bref, on aime l'autre profondément. Mais parfois, un petit pincement au coeur nous renvoie aux années où les mains moites, le coeur tremblant, l'impossibilité de l'éloignement signalaient notre état amoureux. Un état qui nous manque. Le feu couve toujours, nous n'avons pas d'inquiétude là-dessus. Mais comment souffler sur les braises pour ranimer, à notre guise, une petite flambée ? Des thérapeutes nous y aident.

Oser jouer, avec Bernard-Élie Torgemen, psychanalyste

Tomber amoureux, c'est conquérir, ressentir une énergie vitale, être du côté de la pulsion de vie. Vivre en couple, c'est accepter de perdre l'extraordinaire pour un ordinaire sécurisant. À chacun de savoir remettre en jeu cette aisance, de prendre le risque de lâcher un peu de sûreté. Pour cela, il faut aller vers le fantasme. Non pas prendre un amant, mais laisser son imaginaire se redéployer et le laisser aller à la rencontre de celui de l'autre. Concrètement ? Jouez. Proposez un faux dîner de rencontre où vous feriez semblant de ne pas vous connaître. Et reposez les questions que vous ne posez plus. Osez l'uchronie, demandez-lui de terminer la phrase : « Si je ne t'avais pas rencontré(e), aujourd'hui je serais… » Sans doute découvrirez- vous des facettes, des envies que vous ne lui connaissez pas. Qui provoqueront peut-être des pincements de jalousie que vous pensiez oubliés. Qui briseront votre tranquille sentiment de possession définitive de l'autre.

Sacraliser la sexualité, avec Alain Héril, sexothérapeute

Bien sûr, en matière de sexualité, ce n'est plus la profusion des débuts, dans ces heureux temps où faire souvent l'amour permettait de mieux s'apprivoiser mutuellement et où la sexualité était un formidable outil de connaissance de l'autre et de soi-même. Quelques années plus tard, la fréquence des ébats s'est atténuée. Et cela vous culpabilise, vous inquiète, vous fait douter. Que se passe-t-il pour que votre couple ne réponde pas aux injonctions qui lui sont faites de faire l'amour souvent et joyeusement ? Et si vous commenciez par vous ôter de la tête que c'est en jouant sur l'aspect quantitatif que la sexualité de votre couple va se renouveler ? Offrez-vous un défi à votre hauteur : celui de la qualité. Faire l'amour une fois par mois peut-être (ou une fois par an, peu importe, si les deux sont d'accord…), mais faire de ce moment un vrai rendez-vous, programmé, annoncé, fantasmé. Et se préparer à cette rencontre.

Redéclarer votre amour, avec Jean-Michel Hirt, psychanalyste

Un couple n'est pas une relation établie une fois pour toutes le 4 avril 1997 à 22 h 30 à la sortie du métro Villiers. Il bouge avec le temps, il est bousculé, abîmé, endormi, mais ne cesse d'évoluer avec la vie. Dites-vous l'un à l'autre pourquoi vous vous aimez, non pas avec les mots des premiers jours, mais avec ceux d'aujourd'hui. Combien de couples se retournent vers le passé pour faire l'inventaire de tout ce qui a été perdu ? La spontanéité, le mystère, les attentions… Et si vous faisiez le bilan des acquis positifs : la confiance, l'intimité, une meilleure connaissance de soi et de l'autre… En redisant à l'autre pourquoi vous l'aimez, vous lui parlez aussi de vous, de vos envies, de vos fantasmes. L'amour ne s'affaiblit pas forcément, il prend d'autres visages. Beaucoup de couples pensent qu'ils s'aiment parce qu'ils vivent ensemble. Et si vous redisiez que vous êtes ensemble parce que vous vous aimez ? Pas pour le plaisir de tester la méthode Coué, mais pour prendre le risque que ce soit encore vrai.

Parler le langage de l'autre, avec l'association Alpha Couple

Pour exprimer son amour, cinq langages existent : les paroles affectueuses, les cadeaux, les gestes d'affection, le temps consacré et les services implicites rendus. Suivant votre histoire et votre tempérament, vous en privilégiez nécessairement un sur les cinq. Lequel ? Et votre partenaire ? Si vous considérez qu'il vous prouve son amour en vous offrant des fleurs alors que vous espérez juste qu'il vous consacre du temps, le malentendu peut durer et chacun s'enfermer dans ses rancoeurs. Comprendre ce qu'est le langage de l'autre et lui faire entendre le vôtre peut aider à sortir de ces attentes insatisfaites et, surtout, à retrouver le plaisir incertain et si troublant de la rencontre.