Cinq sources pour rayonner

Elle prend la parole, et aussitôt l'assistance fait silence, ébahie. Il entre, et tous les regards se tournent vers lui, fascinés. Nous connaissons tous de ces individus capables de susciter le respect, l'admiration, si ce n'est l'amour général par leur seule manière d'être. Ils ont ce « truc en plus ». Un je-ne-sais-quoi indéfinissable, même par celui qui en est doté. « Nous nous trompons souvent sur ce qui fait mouche en nous », constate le psychanalyste Norbert Chatillon.

Qui n'en a jamais fait l'expérience ? Dans le couple, par exemple, lorsque nous demandons, des années après la rencontre : « Qu'est-ce qui t'a plu en moi ? », et que nous entendons l'autre citer des traits de caractère que nous avions cherché à dissimuler. Inversement, ce que nous mettons en avant, persuadé qu'il s'agit d'un point fort, n'est parfois pas apprécié, voire agace ! De quoi mettre en doute l'efficacité des écoles de séduction. « Ce qu'elles enseignent relève du calcul, estime Norbert Chatillon. La séduction, elle, ne supporte pas le contrôle et l'artifice. »

Pourquoi ? Parce qu'elle naît du plus profond de notre être. Ce que nous donnons à voir et qui touche, galvanise ou hypnotise est souvent la partie immergée de notre charme. Un aimant profond, qui repose sur cinq façons d'être.

Le détachement vis-à-vis du regard d'autrui

« Je me fiche de savoir si je plairai ! »

Premier paradoxe : c'est quand nous prenons le risque de ne pas séduire que nous dégageons le plus du charme. Quand nous sommes désintéressés, indifférents à la vision que les autres peuvent avoir de nous, et que nous ne cherchons pas à amadouer notre « public ».

Pourquoi ? Parce que dès que nous sommes en attente vis-à-vis de l'autre, nous cessons de le reconnaître dans son altérité. Or, pour permettre à une vraie rencontre d'exister, le respect de l'autre est indispensable. Sinon ? Celui-ci risque de se sentir étouffé, manipulé – comme sous l'emprise du « mauvais » séducteur. A l'inverse, lorsque nous nous mettons à l'écoute, sans jugement, nous créons un climat de sécurité qui facilite le dialogue. Et l'impression de liberté qui émane de nous a toutes les chances de séduire.

L'authenticité

« J'ai le droit d'exister »

La timidité et l'introversion peuvent parfois toucher, selon les goûts et les histoires personnelles de chacun. Mais elles ne sont jamais les attributs de ceux qui « rayonnent ». Au contraire : si certains nous impressionnent et nous charment, c'est parce qu'ils n'hésitent pas à être eux-même, en toute honnêteté. Ils osent imposer leur caractère, leurs désirs, leurs projets, mais aussi leurs fragilités, en toutes circonstances. Ils sont « entiers », comme nous le disons parfois, c'est-à-dire entièrement présents, aussi bien psychiquement que physiquement.

Ne pas craindre de se dévoiler, y compris dans ses faiblesses, ses vulnérabilités et dans sa part d'ombre est l'un des secrets pour plaire au-delà des apparences. Cela n'exige pas forcément d'être en paix avec toutes les facettes de sa personnalité, mais plutôt de ne jamais être dupe des contradictions et conflits que nous pouvons porter en nous.

En assumant notre propre singularité, nous devenons des exemples pour ceux qui nous entourent. Galvanisés, inspirés par notre audace et notre sincérité, ils se découvrent une vitalité nouvelle à notre contact. C'est cela aussi, rayonner : donner à ceux qui nous approchent la sensation qu'ils peuvent être « lumineux », pourvu qu'ils osent s'affirmer.

La cohérence

« Je suis en harmonie avec ce que je pense et ce que je fais »

Qu'est-ce qui plaît de nous ? Difficile à dire. Comme si nos qualités ne se laissaient pas saisir dans le détail, mais plutôt comme un « tout ». A quoi cela tient-il ? A la cohérence interne, que les thérapeutes en programmation neurolinguistique (PNL) appellent « congruence ».

Lorsque nous ressentons une parfaite harmonie entre notre identité, nos convictions, notre ressenti et nos actes ; quand nous ne nous contentons pas de défendre des idées, mais que nous les incarnons, nous les « ressentons ». Nous avons tous l'occasion de vivre cette expérience, par exemple lorsque nous nous engageons en faveur d'une cause en laquelle nous croyons intimement. Ou lorsque nous menons un projet jusqu'au bout, sans nous laisser décourager par les obstacles qui se dressent. Cette cohérence interne se perçoit dans chacun de nos gestes et de nos mots : nous ne trichons avec aucune partie de nous-même, nos « oui » sont de vrais « oui », nos doutes sont clairement exprimés, nos arguments sont convaincants parce que travaillés…

La « congruence » est non seulement une source de joie pour soi – tout devient possible ! –, mais elle a surtout le don d'entraîner autrui dans sa dynamique positive.

La confiance en soi

« Je peux compter sur moi pour faire face aux aléas de la vie »

Comment séduire autrui si l'on ne se séduit pas soi-même ? Qui peut inspirer le bien-être s'il n'est pas en paix avec lui-même ? Comment soulever l'enthousiasme si l'on n'est pas d'abord certain de pouvoir compter sur soi ? Non que la séduction soit l'apanage des seuls narcissiques. Reste qu'il suffit souvent de se sentir digne d'être aimé pour le devenir.

Pourquoi ? D'abord parce que nous y puisons une énergie qui nous permet de relever des défis qui semblent insurmontables à d'autres : il y a un peu du héros chez l'individu charismatique. Ensuite parce que la confiance en soi est apaisante, pour soi mais surtout pour autrui : c'est la « force tranquille », sécurisante, donc, attirante.
Enfin, parce que lorsque nous sommes confiants, nous « lâchons » nos défenses, et nous nous donnons à connaître sous toutes nos facettes – y compris celles dont nous ne soupçonnons pas le charme.

L'ouverture

« Je suis à l'écoute des autres et je rends mon discours compréhensible à tous »

Pour estimer notre charisme, nous pouvons nous fier au plaisir que les autres ont à se trouver en notre compagnie ; ils semblent plus épanouis, ils s'ouvrent à eux-mêmes. En réalité, cela tient à notre propre capacité d'ouverture : lorsque nous savons écouter sans juger, accorder de l'attention à l'autre malgré les différences de points de vue…

Bref, quand nous envisageons la rencontre non pas comme une confrontation mais plutôt comme un échange. Nous sommes alors prêt à accueillir véritablement l'autre et à donner de nous-même, en toute simplicité. Cet « abandon » rassure notre interlocuteur et lui donne envie de lâcher prise à son tour, puisque nous lui montrons que c'est sans risque. L'ouverture aux autres passe également par une bonne maîtrise de la communication : savoir parler de manière claire et audible, utiliser des métaphores qui donnent à voir, à entendre, à ressentir. Nos interlocuteurs comprennent immédiatement, ils se sentent intelligents, ils sont sous le charme.

Avec la collaboration de Norbert Chatillon, psychanalyste ; Aline Dagut, psychothérapeute spécialisée en gestalt-thérapie ; Josiane de Saint Paul, directrice de l'Institut français de PNL et enseignante certifiée en programmation neurolinguistique (PNL).

Etes-vous « congruent » ?

Pour les thérapeutes spécialisés en programmation neurolinguistique (PNL), la « congruence » est la clé de la séduction. Les explications de Josiane de Saint Paul, directrice de l'Institut français de PNL.

Psychologies : Qu'est-ce que la « congruence » ?
Josiane de Saint Paul : C'est lorsqu'il y a alignement entre ce que je suis – ma personnalité profonde –, ce que je pense – mes convictions, mes valeurs –, ce que je ressens, et ce que je dis ou fais.

Comme savoir si l'on est « aligné » ?
Il suffit de s'interroger, en situation : est-ce que cela me va de faire telle chose ? Est-ce que cela me ressemble ? Puis, est-ce que je crois que c'est une bonne action ? Et est-ce que je me sens disposé, physiquement et psychiquement, pour le faire ?

Comment expliquer que certains soient plus souvent « congruents » que d'autres ?
Cela dépend surtout de nos expériences de vie : elles nous servent de référence. Or, si elles n'ont pas été convaincantes, nous risquons de ne plus savoir nous fier à nos convictions.

Que faire ?
Travailler sur ce terrain de la confiance en soi, dans le cadre d'une thérapie de groupe par exemple, pour être confronté au regard des autres. Je suis persuadée que plus nous faisons de développement personnel, plus nous sommes aptes à déployer notre charisme.

Exercices de charisme

Pour gagner en force d'attraction, il ne suffit pas de travailler la « couche superficielle » de notre personnalité – nos gestes, notre regard ou notre tenue vestimentaire. La véritable transformation est intérieure. Géraldyne Prévot, psychothérapeute et coach, nous livre deux conseils.

  • Réduisez votre niveau de stress

Détendez-vous, psychiquement et physiquement. Un visage crispé, un corps tendu, un esprit préoccupé, cela se voit et met mal à l'aise.

  • Entraînez-vous

Fixez un rendez-vous à un ami dans un café, et avant d'entrer dans la salle, imaginez : visualisez les regards qui se lèvent vers vous, les sourires qui vous sont adressés… Réitérez l'exercice plusieurs fois, jusqu'à vous sentir détendu et confiant. Puis entrez : traversez la salle et allez rejoindre votre ami, sans vous soucier de l'entourage. L'aisance que vous ressentirez vous servira de référence positive chaque fois que vous serez de nouveau confronté à ce type de situations. Et cette confiance est le secret des gens rayonnants.