Chronique de la recherche amoureuse online

C'est fou ce que ça dit, une photo ! Ah tous ces airs chagrins de veufs, mal remis d'un divorce, blessés ou trahis (les annonces de ceux-là demandent une femme « sincère »). Ils espèrent combler leur solitude, tentent leur chance au cas où une « âme sœur » se cacherait à portée de clic… Moi qui cherche la vivacité (un brin de fougue ne me déplairait pas), je passe mon chemin. J'élimine aussi d'emblée les renfrognés, les lèvres pincées, les visages fermés. Je me méfie des méfiants, des soucieux, de ceux qui ne lâchent pas un mot le matin tant qu'ils n'ont pas bu leur café : ils auront toujours le reproche plus prompt que le plaisir. Pas tentants non plus, les yeux fixés sur l'objectif, la mine empruntée comme s'il s'agissait de passer un examen, quasi certains de le rater. Maladroits, ils se trahissent par des formules du style : « Difficile de se décrire en quelques mots »…

Voilà justement un message de Christian, pas sûr de lui, mais sincèrement gentil. Au téléphone, il semble doué d'humour et de sensibilité ; je me laisse tenter par une rencontre, puis un dîner. Il a l'air bien seul (après tout, moi aussi), parle facilement des kilos qu'il veut perdre et de ses soucis d'appartement, aime le cinéma et l'art contemporain (nous arpentons Belleville un dimanche d'ateliers portes ouvertes). Ailleurs que sur le Net, nous ne nous serions jamais rencontrés, et nous aurions eu raison.

Autre tentative avec un Bernard du même métal : sa photo a de quoi séduire, rieur, en compagnie d'un éléphant. Son métier aussi : éthologue, il fait faire du cinéma aux animaux. Il est drôle, chaleureux, au téléphone comme au restaurant. Mais il me trouve trop de qualités, et disparaît. Sûr que je préfère un homme ayant bonne opinion de lui, à l'aise dans son corps et dans sa vie. Retour au trombinoscope : quelque chose de jovial, un œil qui frise, le sourire franc, le front ouvert… Un peu de charme, quoi, c'est bien le minimum ! Même si j'évite le genre narcissique, prenant la pose avantageuse (de toute façon, à ceux-là je n'ai pas de chance de plaire, ils cherchent des jeunesses chics). La ritournelle des ego blessés – est-il trop bien pour moi ? ou pas assez ? – cessera-t-elle un jour d'être fredonnée ? Voilà qu'un doute m'étreint : et si j'en demandais trop ? J'épluche mon annonce et, tout bien réfléchi, je change ma photo pour une image plus glamour.