Chimie amoureuse : ton odeur me trouble

Pourquoi m'aimes-tu ?

Et comment t'ai-je séduite ? A ces questions tu ne saurais encore répondre. Mais moi, je sais pourquoi tu me plais, pourquoi tu m'as plu au premier coup d'œil, à la première molécule qui, se dégageant de ton aisselle, a volé jusqu'à mon organe vomérien, au plus profond de mon nez, pour me signaler que nos systèmes immunitaires étaient parfaitement complémentaires : faits l'un pour l'autre, comme nous.

Le CHM

C'est un zoologue suisse, Claus Wedekind, qui a découvert récemment que nous étions capables de nous estimer génétiquement à l'odeur. Quand tu me dis que je sens bon, en enfouissant ton nez dans mon cou pour t'en mettre plein les narines, en fait tu analyses et apprécies mes gènes CHM (Complexe majeur d'histocompatibilité). Ce petit groupe de gènes fabrique la partie de mon système immunitaire en charge de la détection des corps étrangers : bactéries, virus… A cause de lui, quand on transplante un organe, il faut veiller à ce que le CHM du donneur soit le plus semblable possible au CHM du malade, sinon c'est le rejet assuré. En fait, en dehors de la famille immédiate, il est très difficile de trouver des individus aux gènes CHM proches des nôtres. Seule une personne sur cinquante mille nous correspondrait. Dommage pour les grands blessés, tant mieux pour les cœurs solitaires ! Car, et c'est la découverte du zoologue, nous sommes d'autant plus attirés par quelqu'un que ses gènes CHM sont à l'opposé des nôtres.

Pour preuve, Wedekind a fait respirer à des femmes plusieurs tee-shirts portés tout un week-end par différents mâles. Toutes ont trouvé plus " sexy " l'odeur des mâles aux gènes CHM les plus éloignés des leurs. Pas bête, si l'on considère que les enfants que ces hommes et femmes pourraient concevoir ensemble hériteraient de leurs gènes CHM complémentaires et bénéficieraient ainsi d'un système immunitaire d'autant plus performant.

Ce n'est pas tout

Quand tes jolies narines hument mon corps, tu estimes aussi ma symétrie. Nous sommes tous, bien sûr, un petit peu asymétrique : un œil plus ouvert, un pouce plus gros, une jambe plus longue. Cela peut même avoir du charme. N'empêche que chacune de nos asymétries révèle soit une erreur dans le programme de développement de notre organisme, soit une bataille coûteuse avec quelque maladie. Un corps et un visage symétriques indiquent donc un ADN de bon cru et une résistance farouche aux assauts bactériologiques de l'environnement. Randy Thornhill, un psychologue américain, a découvert que les femmes, surtout en période d'ovulation, trouvaient plus attirante l'odeur des tee-shirts portés par les hommes les plus symétriques. Toujours cette obsession d'optimiser le patrimoine génétique des enfants ! Thornhill a aussi découvert que les hommes les plus symétriques étaient plus fréquemment choisis pour amants par les femmes infidèles, celles-ci atteignant avec eux plus souvent l'orgasme. Ce n'est pas un hasard : une des fonctions principales de l'orgasme féminin est de faciliter la rétention du sperme…

Histoire de symétrie

Bien sûr, la symétrie s'observe plus souvent qu'elle ne se respire, et son effet visuel n'est pas négligeable. Des expériences ont démontré qu'hommes et femmes s'accordent pour trouver plus beaux les visages les plus symétriques. Par exemple, on crée des visages artificiels en combinant par ordinateur les photos de plusieurs personnes. Plus le nombre de visages combinés ensemble – 4, 16 ou 32 – est élevé, plus les imperfections et asymétries de chacun sont gommées, et plus le résultat est agréable à l'œil.

Tu es belle. Chaque fois que je te regarde, mon cerveau reçoit un choc. Il fait des petits calculs secrets puis s'écrie : " Que c'est beau ! " J'adore, par exemple, tes courbes de pin-up. Pourquoi ? Mon inconscient, lui, le sait : elles résultent en fait d'une dose conséquente d'œstrogènes (les hormones femelles) qui programment le dépôt des graisses dans ton corps à des endroits stratégiques – sur les hanches et dans la poitrine, mais pas sur la taille. Une taille bien plus fine que les hanches indique féminité et fertilité. Nous, les hommes, trouvons ça émouvant, d'autant plus si le rapport taille/hanches (tour de taille divisé par tour de hanches) ne s'éloigne pas trop de 0,7. La psychologue américaine Devendra Singh a vérifié la magie de ce chiffre en analysant, depuis trente ans, les formes des miss America et des mannequins de Playboy. Bien que les corps se soient affinés avec le temps, le rapport taille/hanches, lui, n'a pas bougé d'un iota. En revanche, si l'épaisseur de la taille s'approche un peu trop de celle des hanches, nos cerveaux masculins archaïques se mettent à soupçonner une grossesse (on arrive trop tard !) et l'attirance faiblit…

Les études

Des études – encore – ont montré que les paysages reconnus comme étant les plus beaux sont en fait les plus prometteurs en eau, gibier et abris : une préférence directement héritée de nos valeureux ancêtres préhistoriques (ceux qui préféraient les déserts arides ont laissé moins de descendants). Pour la beauté physique, il en va de même. Nous sommes émus par les effets secondaires des hormones mâles ou femelles qui façonnent nos corps et nos visages. Ton petit menton et ta poitrine généreuse signalent l'œstrogène, source de fécondité. Alors que ma mâchoire carrée et mes larges épaules trahissent ma testostérone, cette hormone qui me motive à " chasser le mammouth " pour approvisionner notre foyer.
Tu vois, la beauté n'est pas gratuite. Elle regorge, au contraire, d'informations utiles à la reproduction de l'espèce.

Mais un trop plein d'hormones mâles pourrait aussi nuire au bonheur de notre couple. Savais-tu que les risques d'infidélité, de violence domestique et de divorce augmentent avec le niveau de testostérone de ton partenaire ? Ton inconscient, lui, le savait déjà. Des chercheurs écossais ont récemment découvert que les femmes ont une préférence pour les visages d'hommes légèrement féminisés. Apparemment, quand on réduit, par ordinateur, de 15 % les effets secondaires de la testostérone sur le visage d'un mâle, elles y trouvent davantage de chaleur, de sensibilité, de sincérité et d'esprit d'équipe. Quelle chance j'ai de ressembler plus à DiCaprio qu'à Schwarzenegger !

L'empreinte

Autre chance –qui n'est pas tout à fait un hasard– que tu me rappelles un peu ma mère ! Tes cheveux courts, le clair de tes yeux, certains de tes gestes, ton grain de folie épousent les sillons que cette première femme a gravés dans mon cerveau, jusque dans mon cœur. C'est un phénomène d'"empreinte" tout sauf naturel. Les oisillons, par exemple, vouent une fidélité éternelle au premier animal qu'ils voient en sortant de l'œuf, que ce soit leur mère… ou le zoologue autrichien Konrad Lorenz ! Plus proche de nous, chez les mammifères, des expériences ont fait adopter, dès la naissance, des agneaux par des chèvres. Devenus adultes, ces moutons préfèrent s'accoupler avec des chèvres, et ce, jusqu'à leur mort. Ce serait drôle si ce n'était pas absolument irréversible, surtout chez les mâles. Freud aurait apprécié.

La gentillesse

L'attirance, bien sûr, n'est pas seulement physique. Le charisme, l'écoute et la créativité, entre autres, ne laissent personne insensible. Le psychologue américain David Buss – surnommé " Dr Love " par ses confrères – a mené, il y a dix ans, une étude (“Les Stratégies de l'amour”, InterEdition, 1994) dans laquelle plus de 10 000 hommes et femmes de 37 cultures différentes lui ont avoué leurs critères de sélection d'un partenaire à long terme. Résultat : tout le monde s'accorde pour mettre en tête de liste la gentillesse, suivie de l'intelligence. Pour élever des enfants, vivre côte à côte et faire face, ensemble, à un monde cruel, c'est la beauté de l'âme qui nous semble la plus essentielle. C'est sûrement aussi cela qui, progressivement, nous a séparés des singes… Par ailleurs, l'étude de Buss nous éclaire sur la spécificité de la culture française en matière de " sélection sexuelle ". Par rapport à la moyenne de l'humanité, nous rechercherions chez nos partenaires plus de sociabilité, de beauté, de talent culinaire et de similarité d'opinion politique… quitte à y trouver moins de stabilité émotionnelle.

Le marché de la rencontre

Romance à l'anglo-saxonne. On n'arrête pas le progrès. Pas de temps de perdu. Plus de mystère non plus…

A New York, des prestataires de service se sont emparés du marché de la rencontre.
- La société It's Just a Lunch vous propose un déjeuner dans un endroit public avec un (bel ?) inconnu.
- First Impression évalue votre capacité à faire une bonne première impression, en simulant avec vous un faux rendez-vous.
- Check a Date enquête sur l'inconnu, son passé, son présent, sa vie privée.

En Angleterre, la station de radio BRMB de Birmingham a organisé un " mariage en aveugle " entre deux auditeurs qui ne s'étaient jamais rencontrés. Une étude psychologique et astrologique les avait désignés comme " compatibles ". Quelques semaines après, les tourtereaux se séparaient…